Rythmes scolaires : abrogation du décret.

Tuesday, April 19, 2016

À la rentrée 2016, ce sera le troisième anniversaire de la mise en place de la réforme des rythmes scolaires. Pour les premières communes qui l’ont imposée, c’est donc l’heure du bilan. Mais aucun problème, tout va très bien, Madame la Ministre !

 

À Paris, pionnière du sauvetage (raté) du soldat Peillon ? Tout va très bien, Madame la Maire ! Aucune voix discordante ne s’élève, la réforme est un succès. Peu importe si les élèves ne s’y retrouvent plus, s’ils subissent un rythme dérogatoire à la règle et des horaires différents trois jours/cinq (dont deux jours au-delà des 5h30 de classe préconisés), si tout le monde (sauf la Ville et la FCPE) les trouve plus fatigués, moins réceptifs aux apprentissages. Peu importe si les parents parlent des enseignant-es en les confondant avec les animateur-trices. Peu importe si les enseignant-es y perdent financièrement, en temps de travail ou de transport, en énergie dépensée pour sauvegarder un semblant de cohérence. Peu importe si les personnels de service et d’animation y perdent en qualité de travail. Peu importe si tous les projets alternatifs quelque peu réfléchis ont été balayés d’un revers de manche monarchique par le DASEN sous prétexte qu’il fallait laisser du temps au temps pour dé-montrer que la réforme adoptée était la bonne. Les élèves abîmés par les nouveaux rythmes ? Les salles de classes restituées en vrac le lendemain ? Le privé, dispensé d’appliquer la réforme, fait le plein grâce aux parents souhaitant garder la coupure du mercredi ? Tout va très bien, Madame la Maire ! Merci Monsieur le DASEN !


Ailleurs en France ? Des demi-journées libérées de façon aléatoire, des poignées de minutes retirées des journées d’école, des ateliers payants, une école privée qui se frotte les mains ? Tout va très bien… Le coût de cette réforme est énorme : effets nuls sur les apprentissages et sur l’allègement du temps quotidien et hebdomadaire de l’enfant en collectivité, locaux souvent inadaptés aux loisirs (un milliard d’euros), faible participation de l’État (400 millions d’euros) et renforcement des disparités territoriales. Mort et enterré, le caractère national et unifié de l’Éducation. À Dijon, le maire a bien compris qu’en installant les activités intéressantes à cheval sur le périscolaire, ils pouvaient contourner le cadre de la gratuité. De nombreuses communes (Alfortville, Antilles…) sont passées de la gratuité la première année à des activités payantes la seconde. Dans d’autres communes, rien n’est proposé d’autre que ce qui l’était déjà (Charenton) : parfois, on s’est contenté de réduire de quelques minutes la journée de classe pour proposer… deux heures le mercredi matin (Joinville-le-Pont) !!! À Bordeaux, Marseille… on a libéré un après-midi d’école, parfois de façon aléatoire pour que la commune « rentabilise » ses équipes d’animation : quel intérêt pour les enfants ? Aucun ! Pour les personnels, les conséquences néfastes sont multiples : déstructuration du temps de famille, comme à Marseille, selon l’arrondissement de résidence et celui de travail, les horaires diffèrent, perte financière… La vaste enquête de l’UL CGT de Coulommiers indique que 92 % des enseignant-es jugent négatifs les effets de la réforme et qu’ils sont plus graves à la maternelle qu’à l’élémentaire. On a cassé le lien social parents-école et les parents estiment que l’ambiance à la maison s’est dégradée avec une vie de famille plus compliquée.


Et que dire du Rapport du Comité de suivi de la réforme des rythmes scolaires critiquant cette réforme et ses applications diverses et variées ? Que dire du mutisme des IA-DASEN contraints de taire les incohérences de la mise en œuvre de la réforme et obligés de masquer les mécontentements des personnels (seulement relayés ici ou là par quelques courageux IEN). Responsables académiques et élus manient à merveille les "éléments de langages" qui leur ont été soufflés pour annihiler les débats et étouffer les critiques.


Pourtant, dès le début, la CGT Éduc’action, avec les personnels du terrain, annonçait les effets pervers et les conséquences catastrophiques pour les enfants et les personnels. En effet, pour nous, s’il n’y a pas d’antagonisme entre respect du rythme de l’enfant et respect des conditions de travail de l’enseignant, ces dernières doivent être prises en considération et toute transformation concernant l’organisation des rythmes scolaires doit faire suite à une concertation de tous les acteurs concernés. Ainsi, toute modification des rythmes scolaires ne peut se faire que dans un cadre de transformation généralisée de l’organisation de la société économique et sociale. Dans le cadre actuel de l’organisation de la société et du travail, le décret modifiant les rythmes scolaires se traduit, comme nous l’avions déjà exprimé en 2013, par une régression des droits et des conditions de travail des personnels et un renforcement de la municipalisation de l’École. Nous avions déjà une École à plusieurs vitesses (notamment avec l’instauration du socle commun et l’autonomisation des universités qui "forment" les futur-es enseignant-es), on assiste désormais à son éclatement au gré des choix municipaux.


Réussir une réforme des rythmes, c’est tout d’abord rester dans un cadrage national et prendre en compte l’ensemble des paramètres : rythmes de l’enfant, rythmes de travail des parents, des enseignant-es, des divers « intervenant-es » et personnels territoriaux. Les horaires des surveillant-es, des animateur-trices des écoles proches maternelles et élémentaires, sont aussi à prendre en compte.


Réussir une telle réforme, c’est aussi redéfinir la responsabilité de chaque partenaire sur chaque temps d’intervention (école-périscolaire).


C’est regarder avec lucidité ce qui provoque la fatigue : temps en collectivité, état des installations, effectifs par classe… Les enseignant-es n’ont pas attendu la réforme des rythmes scolaires pour s’adapter à leurs élèves, à leur plus ou moins grande concentration selon les différents temps de la journée, au calendrier… Par contre, aucune proposition ministérielle ou municipale pour résoudre cette question de la fatigue et de l’amplitude de présence de l’enfant hors de chez lui. Celle-ci se trouve d’autant plus accrue qu’elle implique souvent aux enfants (qui ont d’autres choix actuellement) de rester en collectivité le mercredi midi et après-midi ou de pratiquer des activités sportives et de loisirs sur des temps reportés après l’école, allongeant ainsi la jour-née de l’enfant.
Pour les enseignant-es, ces nouvelles obligations augmentent leur amplitude de présence à l’école occasionnant des frais supplémentaires (transport, garde d’enfant…) et du temps de déplacement. Leur travail de préparation, d’organisation, correction, rangement est également largement modifié dans une organisation leur imposant de laisser la salle de classe avant et après les cours pour les TAP…
La CGT Éduc’action continue à demander l’abrogation du décret Peillon et invite les autres organisations syndicales à (re)construire la lutte.

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